Entrez donc Sidonie…

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Entrez donc Sidonie…

Elle venait d’entrer dans la pièce, saluant tout le monde avec sa canne. La chaleur y régnait. Elle s’assit au fond, dans le coin, face à l’entrée. Discrètement. Comme à son habitude.

A table, se trouvaient quatre personnes. Elles jouaient à la belote. Il y avait Gilbert, l’ancien bourgmestre, Edouard le belge, Jean d’en haut, et l’autre Edouard, celui du Rubi. Ils étaient fiers comme Artaban, ils rigolaient comme toujours.

Edouard du Rubi ne s’exprimait qu’en patois ce qui avait pour effet d’énerver le belge qui malgré toute sa carrière effectuée en France, avait du mal avec l’accent rocailleux des sudistes. Il servit un verre de son rouge de l’année. Fier de sa dernière production, issue des coteaux de Rigaud, il aimait faire partager le fruit de son travail aux autres. Le breuvage ainsi bu, plus épais qu’enivrant, montait aussi rapidement à la tête qu’il vous tordait l’estomac. Heureusement que Marie Claire, en cuisine, savait leur dégraisser l’intestin avec sa délicieuse tarte aux pommes alsacienne, sa région d’origine.

Nouveaux verres. L’alcool aidant, les rires fusent. Au fond, Sidonie demande un verre et une part de tarte. Elle ne joue pas aux cartes mais aime les bonnes choses, gourmande jusqu’au bout !

Les hommes rabattent les cartes mais le belge soupçonne Gilbert de tricher. Tu ne m’auras pas ce coup-ci ! Il faut dire qu’en terme de coups bas, ces deux sont experts. On se demande encore si Gino Cervi et Fernandel ne les ont pas spoliés de leurs meilleurs rôles ! Le bourgmestre feint l’étonnement, la moustache frétillante, l’œil malicieux. Le belge, curé de son état, lui fit cette remarque ; « Tu as le même regard que lorsque tu m’as refusé la subvention pour le voyage des petits à Venise ! » Il faut avouer que le père avait été jusqu’à menacer la commune de ne pas assurer le service de la messe patronale de la Saint Nicolas. Alors Gilbert s’était arrangé avec le conseil municipal pour accorder oralement la subvention pour le voyage…et la lui diminuer de moitié lors du vote du budget, rejetant la faute sur ces satanés communistes, plus propices à aider les agriculteurs et qui préconisaient au père une diminution drastique de la quantité de vin de messe à emporter. Ils en souriaient encore. Jean d’en haut regardait la scène, amusé. Lui qui n’avait jamais fait de politique, s’était toujours investi pour sa commune. Depuis le plateau, où il gardait ses bêtes, il ne lui été jamais venu l’idée d’une compromission, ne serait-ce que pour du vin de messe. Il avait une bienveillance particulière sur ces petits arrangements qui ne remettaient pas en cause l’équilibre financiers de nos villages et participaient au folklore de nos contrées. Mais il n’y participait pas. Discret et en retrait, tel un sage, il distillait sa parole, sans la prendre pour bonne, issue de son expérience. Ses décisions étaient toujours posées.

Il pensait qu’à cette table de jeu, il était arrivé en avance, que ce n’était pas son tour de jouer. Il est vrai qu’il est venu sans prévenir personne. Son arrivée inattendue a surpris tant de monde qu’une réunion fût organisée quelques jours après son départ en l’église Saint Antoine de Rigaud. Là, chacun y alla de son petit mot, pour lui demander ; Pourquoi ? On ne saura jamais. Mais le flambeau fût vite repris et l’âme du plateau continue de véhiculer son histoire.

Edouard du Rubi remplit les verres à nouveau. L’incident du jeu de cartes était déjà oublié. Les verres s’entrechoquaient et la descente fût rapide. Sidonie termina le sien tandis que Marie Claire prit place avec les hommes. La porte s’ouvrit. Un homme entra. Edouard prit la parole « vé Roger, ça fait longtemps qu’on te n’a pas vu. T’étais passé où ? » Il ne répondit pas. Il prit une chaise et s’assit au fond, dans le coin, face à l’entrée. Discrètement…prés de sa douce.

Tout le monde était enfin réuni. L’amour réunit ceux qui s’aiment. Il faut espérer que la mort aussi. C’est ma vision des choses.

Baïeta Sidonie.

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