Capitaine François.

PARTIE I

Installation à Puget Théniers

A Nice, je savais où aller. On m’avait donné l’adresse d’un petit hôtel tenu par quelqu’un de Montélimar que connaissait un de mes amis et qui servait de boite aux lettres. Il s’agissait d’une brave dame qui put me loger dans une chambre de bonne, un peu à l’écart, et me demanda seulement de ne pas me faire remarquer, notamment la nuit, car les Allemands surveillaient l’endroit qui servait d’hôtel de passe à beaucoup de leurs compatriotes. Je dus me faire aussi discret que possible et tout se passa bien.

 

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Le Capitaine François.

LA RENCONTRE D’UN ANCIEN CAMARADE ME CONDUIT A PUGET-THENIERS

Je devais pourtant trouver un point de chute moins exposé. Le bord de mer et la zone frontière étaient à éviter ce qui ne me laissait guère de choix dans le département.
Le destin, une fois de plus, vint à mon aide: je tombai dans une rue de Nice, sur un de mes anciens camarades de la Garde Républicaine, nommé Terraillon, que je n’avais pas revu, et pour cause, depuis 1941.

Il me salua de mon vrai nom, mais je mis un doigt sur mes lèvres pour l’inciter à la prudence. Je l’entraînai dans un bistrot tout proche où j’avais vu fréquenter des gendarmes;  j’appris qu’il était affecté à la Brigade de Puget-Théniers, à soixante kilomètres de Nice, puis, à la question qu’il me posa à son tour, sur ce que je devenais, je décidai à lui dire la vérité. « Je descends du ciel ». Je le vis pâlir, il se leva pour partir, mais je le retins par la manche et l’obligeai à se rasseoir pour m’écouter: « Tout d’abord, lui dis-je il est trop tard pour te dégonfler.

 

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Le colt du Capitaine François.

Tu peux me dénoncer, mais fais attention, écoute bien ce que je vais dire au téléphone » et là dessus, je composai un numéro bidon et dis quelques mots à mon interlocuteur de hasard qui dut être bien étonné. « Allo Marcel, c’est Maurice, je te signale la rencontre d’un vieux camarade, Terraillon qui est gendarme à Puget-Théniers et à qui je dois rendre visite demain »; ce pauvre Terraillon était devenu blême, et je le tranquillisai en l’assurant que je n’avais nulle envie de le compromettre, mais que j’avais besoin de pouvoir me recommander de lui, en sa qualité de chef de la Brigade de Puget-Théniers, au cas où je serais l’objet d’un contrôle dans le train qui reliait Nice à cette ville.
Nous finîmes par convenir qu’avant tout voyage sur cette ligne, je l’avertirai par téléphone du déplacement envisagé. Le lieu de mon installation venait donc, grâce à ce pauvre Terraillon de se décider fortuitement. Je quittai mon « camarade » bien décidé à lui rendre visite dès le lendemain.
Je dois dire que malgré ses réticences initiales, il devint par la suite un bon résistant, sans pour autant prendre une part active aux opérations; peut-être s’était-il senti trop « mouillé » pour rester neutre ?


Il faut dire que dans la Gendarmerie aux ordres de Vichy, nombreux étaient ceux qui se refusèrent à prendre parti, et cela jusqu’au dénouement; il y eut heureusement des exceptions: à Dieulefit, par exemple, la brigade au complet était de notre côté et quand elle procédait, la nuit à des contrôles routiers, c’était pour nous avertir des opérations organisées contre nous par la Gestapo.
Je partis donc pour Puget-Théniers; par le « Train du Sud » et y arrivai sans incident: j’avais trouvé un alibi à ce voyage, j’étais à la recherche de coupe de bois de chauffage à acheter pour en organiser l’exploitation, le transport et la vente.

 

C’est sous cette couverture que j’entamai mes contacts dans les cafés de Puget-Théniers, puis au restaurant chez Madame Corporandy, qui malgré les restrictions, put me servir du jambon et de la tome du pays avec du pain et quelques olives. 12096177_10206128766711643_8250382833042945918_n
Tout en mangeant, je remarquai quatre hommes qui discutaient à la table voisine.
Quoiqu’à voix basse et en provençal, je compris qu’ils parlaient de moi et s’interrogeaient sur les raisons de ma présence (j’appris par la suite qu’ils me croyaient un agent de la Gestapo); comme l’un deux restait seul à la fin du repas, je lui offris un café qu’il accepta; j’en profitai pour lui dire qu’il me semblait que lui et ses amis parlaient inconsidérément et qu’ils risquaient de graves ennuis, ce à quoi il me répondit que c’était là leur manière de protester contre la vie que l’occupation leur faisait mener et que si l’occasion s’en présentait, ils n’hésiteraient pas à combattre les armes à la main; ils n’avaient encore que des couteaux, mais ils s’en seraient servis contre moi si j’avais fait mine de vouloir les contrôler; je lui dis, en lui montrant mon colt et deux grenades que j’avais sur moi, que je pouvais arranger la question de l’armement ; je lui expliquai que j’étais en réalité à Puget-Théniers pour constituer un groupe de réception de parachutages et il m’offrit ses services pour recruter avec un ami la douzaine d’hommes nécessaire. Je fis bientôt connaissance de cet ami: il s’appelait Casimiri, était Corse, et m’assura que lui et sa famille se mettraient entièrement à ma disposition; il ajouta qu’il n’hésiterait pas à me faire la peau s’il découvrait que je lui avais menti.

 

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Le capitaine François.1989.

Extrait du livre. Cpitaine François.Un officier d’occasion dans le haut-pays niçois.

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