Capitaine François.

PARTIE II.RETOUR ET INSTALLATION A PUGET-THENIERS.

pt1940
Puget-Théniers en 1940

Albert Mazier, capitaine François, fait un rapide aller-retour dans la région de Dieulefit afin de récupérer du matériel et revient sur Puget-Théniers.


Sachant que je devais partir un camarade de Montélimar, ancien International de Rugby, nommé P… me proposa de nous emmener avec la voiture à gazogène qu’il possédait. Il fit le « plein » de charbon de bois pour le kilométrage que je lui avais annoncé (mais sans lui dire notre destination); un de ses amis, fils de l’ancien Maire de Montélimar, Meunier, nous accompagnait: c’est lui qui avait obtenu l’indispensable Ausweiss où figuraient nos noms d’emprunt: nous étions censés être des acheteurs de bois et de bétail pour les troupes d’occupation.
Le voyage se passa sans incident; il y eut bien un contrôle de routine près de Draguignan, mais nos papiers en règle nous valurent le salut des gendarmes.
Le soir, nous arrivions à Puget-Théniers où j’étais de retour, comme promis, pour Noël. Cabot avait été largué en route, un peu avant; il valait mieux que nous n’ayons pas l’air de nous connaître: il se présenterait comme un étudiant en mauvaise santé venu à Puget-Théniers pour trouver le bon air et une nourriture plus riche que ne l’offrait la ville.
Les derniers épisodes de notre vie clandestine dans la Drôme m’avaient rendu plus prudent que jamais: la plus petite indiscrétion risquait de mettre en péril l’ensemble de notre organisation. Personne n’est sûr de pouvoir tenir sous la torture: il fallait donc en dire le moins possible et être prêt à ne jamais se laisser capturer vivant; pour ma part, j’avais toujours à portée de main les armes et les grenades pour riposter à une attaque surprise; l’avenir montra à quel point j’avais raison.

 

léouvé
Hameau de Léouvé

Cabot trouva, avec mon aide, à se faire héberger au hameau de Léouvé, à quelques kilomètres de Puget-Théniers, dans la montagne, par la famille Daniel, dont le père était des nôtres.
En ce qui me concerne, je logeai à Puget-Théniers chez Madame Corporandi qui, tout le temps que dura mon séjour, veilla avec sa fille Thalie, à ce que je ne manque de rien et prit soin de moi lorsque je dus garder la chambre pour une bronchite, puis à la suite d’un accident de moto (je m’était endormi après plusieurs nuits de veille); c’est elle qui fit venir le docteur Rebufel qui me soigna sans poser de questions.
Grâce à ces deux femmes courageuses j’eus toujours, en outre, une bonne bouteille à disposition pour garder le moral.

leouve2Comme nous devions nous rencontrer assez souvent nous avions mis au point un système de correspondance avec échange de messages codés dans des boites de pastilles Valda que nous cachions près d’une borne kilométrique: l’échange de messages avait lieu deux fois par semaine. J’achetai en outre pour mes déplacements une moto Gnôme-Rhône d’occasion; elle devait me servir notamment au transport des batteries d’accus destinées à l’alimentation des postes radio que nous utilisions pour les liaisons avec Alger.



LES LIAISONS RADIO AVEC ALGER

Nous aurions pu fonctionner sur le courant du secteur, mais cela risquait de nous trahir car les services de repérage radiogonio allemands utilisaient des coupures de courant sélectives pendant une émission pour en localiser l’origine, et dans l’heure qui suivait, des voitures équipées de radio-goniomètres venaient patrouiller dans le coin et par recoupement, déterminaient la position de l’émetteur clandestin. L’alimentation par batterie leur compliquait le travail, d’autant que nous émettions, alternativement, depuis des endroits différents; j’avais trois postes émetteurs-récepteurs qu’on pouvait facilement camoufler et dont je changeais souvent l’emplacement: il m’est arrivé d’en avoir un à Léouvé, le second à Entrevaux et le troisième à Sallagriffon, dans le Haut-Esteron.


On peut imaginer ce que cette dispersion et ces changements continuels d’emplacements nous imposaient comme trajets! Il n’était pas toujours possible, ni prudent, d’utiliser la moto et nous avons souvent dû, Cabot et moi, faire des marches de plusieurs heures dans la nuit… lestés d’une batterie dans le sac à dos et d’une ou plusieurs pommes de terre bouillies dans l’estomac, pour être à l’écoute au rendez-vous de la vacation de huit heures.
Parfois, nous devions même marcher toute la nuit et mon pauvre Cabot n’était pas souvent à la fête. La recharge de ces batteries était assurée par les frères Joseph et Louis Casalengo, garagistes à Puget-Théniers; ils s’arrangeaient pour que j’aie toujours des batteries chargées à proximité des lieux d’émission.


Nos activités finirent cependant par alerter les Allemands, et vers la mi-avril, Alger nous informa de la présence de voitures de repérage gonio et je dus prendre des mesures en vue de leur interception au cas où l’une d’elles se présenterait aux environs de Puget-Théniers;: nous avions leur signalement et j’installai deux postes d’observation à Plan-du-Var et à Entrevaux, qui devaient me prévenir par le central téléphonique de Puget-Théniers qui était avec nous: je pouvais ainsi leur tendre une embuscade dans le quart d’heure suivant. Cet ensemble de précautions porta ses fruits et, jusqu’à la mort de Cabot, aucune émission ne dut être annulée.

 

 

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