Capitaine François.

Partie V

RECRUTEMENT, ENTRETIEN, INSTRUCTION DU MAQUIS

Ce n’était pas facile à l’époque, de trouver des jeunes susceptibles de devenir rapidement                                                                                                                              des combattants aguerris.

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Capitaine François

 

Heureusement, il y avait le S.T.O. (Service du Travail Obligatoire créé en 1941): lorsque j’apprenais qu’un jeune était convoqué pour le travail obligatoire en Allemagne, j’allais voir ses parents et tentais de les convaincre qu’il valait mieux pour leur fils rester dans les maquis de la région, quitte à être hors la Loi, que de partir en Allemagne, avec le risque de périr sous les bombardements.
Beaucoup se laissaient convaincre.

 

Mais ce n’était pas tout de recruter les hommes; il fallait ensuite les héberger, les nourrir, les entraîner.
La nourriture surtout posait des problèmes. J’arrivais bien à trouver chez les cultivateurs des environs quelques œufs, des pommes de terre, des lentilles ou des haricots, mais pour la viande il fallait l’acheter au marché noir des abattages clandestins et les éleveurs nous la vendaient au prix fort. L’argent manquait souvent pour payer tous ces achats et mes demandes à Alger restaient sans suite.fusil

Pour le pain, j’avais convaincu deux boulangers de Puget, Marius Autran et Emile Raybaud de me fournir chaque nuit, quelques miches.
Je devais passer les prendre vers trois-quatre heures du matin avec un grand sac que je portais ensuite à la sortie du village, dans une cachette où une corvée venait les chercher.
De temps à autre, j’avais des cartes de pain que je donnais à mes fournisseurs: je les achetais à Nice chez une boulangère dont je tairai le nom, qui me vendait 900 francs la carte de faux tickets (et qui eut le culot, à la Libération, de me demander une attestation de Résistance!).

 

Un qui m’aida vraiment fut l’Inspecteur chargé des réquisitions Jules C…; il passait dans les hameaux et prélevait pour nous la dîme sur ces réquisitions, alors qu’il aurait pu comme beaucoup d’autres, la vendre au marché noir.
Il fallait aussi que je m’occupe de l’hébergement de mon radio et cela aussi coûtait: en général 20 francs par jour après de longues discussions et sous condition qu’il aide au travail des champs. Je devais enfin penser à l’instruction de mes recrues pour l’utilisation des armes et des explosifs: cela non plus n’était pas facile, car le jour chacun avait son travail et la nuit ce n’était possible que si l’épouse était d’accord; pour cela il fallait la mettre dans le secret et tout le monde à Puget finissait par être au courant de nos activités, ce qui ne laissait pas de m’inquiéter, mais comment faire autrement ?


Ces dames voulaient profiter de l’aubaine des parachutages qui pensaient-elles, devaient m’apporter à profusion, le chocolat, les conserves et les cigarettes, sans compter la toile des parachutes si utile pour faire des culottes, des chemisiers et autres combinaisons. Je freinais au maximum ces demandes qui pouvaient nous trahir, mais il fallait bien de temps en temps, lâcher du lest!

 

IMPRUDENCE ET DÉNONCIATION

Sans compter que les femmes de nos recrues avaient parfois l’impression que notre clandestinité était une sorte de jeu qui ne devait pas faire négliger, par leur mari, les tâches domestiques plus immédiates.
L’une d’elles fut même, ainsi, indirectement responsable de l’arrestation du sien: elle avait obtenu de lui qu’il revienne à la maison pour labourer un lopin de terre et y planter des pommes de terre: il avait gardé sur lui une grenade et un Colt qu’une voisine lui vit cacher: il fut dénoncé, on l’arrêta avec dix autres le 29 avril, mais lui seul fut emmené par la Gestapo à Nice, à l’Hôtel Ermitage, où il fut torturé, mais ne parla pas, selon le témoignage d’un voisin de cellule qui le vit revenir des interrogatoires, mains sanglantes et ongles arrachés; il devait mourir le 11 juin, fusillé avec d’autres résistants à St Julien du Verdon, en dépit des assurances qu’un ami, Inspecteur de Police, avait données à sa femme.
Il s’appelait Nonce Casimiri et avait été mon premier contact à mon arrivée à Puget-Théniers.
Les dénonciations, maintenant que nous devenions plus nombreux dans la région, commençaient à devenir une sérieuse menace pour notre sécurité.


Il y avait à l’époque à Puget-Théniers une importante colonie Italienne, encore dominée par l’idéologie fasciste, dont les espions étaient très actifs pour renseigner la Gestapo sur nos faits et gestes.
L’administration française s’en mêlait aussi en procédant à des contrôles fiscaux chez les commerçants suspectés d’approvisionner le maquis, ce qui valut notamment des ennuis à un ami résistant, Monsieur Grac qui tenait une quincaillerie.
Je trouvai amusant d’évoquer ces mesures dans un message personnel à la B.B.C. pour un parachutage: « Le contrôleur n’a pas trouvé les comptes en règles ». Compte-tenu de ce climat de méfiance, l’arrestation de Casimiri me décida à faire prendre le maquis à mon groupe; je connaissais les moyens employés par la Gestapo pour confesser ses prisonniers et personne ne pouvait être sûr que notre ami, qui savait tout sur nos activités, saurait leur résister: la prudence imposait de disparaître de Puget-Théniers.

 

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Le Breuil

Nous nous sommes installés sur la rive droite du Var, 3 km en aval environ, au quartier du Breuil: de là nous pouvions continuer à suivre ce qui se passait à Puget et la maison de Casimiri nous servait de poste avancé, ses volets fermés ne s’ouvrant qu’en cas de visites dangereuses, soit-disant pour donner le jour au salon où on les faisait entrer.

 

 

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Vue depuis Le Breuil en 2016

Nous avions prévenu Alger des risques de dénonciation et d’actions offensives des Allemands: fin avril un de nos derniers messages disait « le 29 avril, opération menée contre nous par 200 G.M.R. et Police d’Etat a amené l’arrestation de Casimiri.
Recherches sont activement poussées pour nous et poste émetteur dans la région. Sommes à l’abri pour quelques jours. Boîte Casimiri annulée: confirmer. A suivre. Adieu ». Notre dernier message fut envoyé par Cabot le 1er mai. « Prévenons Perpendiculaire » Sommes définitivement brûlés. Attendons urgence vos instructions par R.D.D. Sommes victimes de dénonciation anonyme. Ne désespérons pas de connaître auteur. Amitiés ». Et ce fut la catastrophe du 3 mai 1944.

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