Capitaine François

Chapitre VI     LE MAQUIS DE COLMARS-LES-ALPES

J’y arrivai début juin et entrepris aussitôt d’étoffer ses effectifs.

parachutage1 Je réussis notamment à recruter tous les gendarmes de Colmars ce qui nous donna un encadrement précieux pour les jeunes réfractaires du S.T.O. et ce maquis devint rapidement un petit centre d’instruction réputé. J’entraînai les jeunes au tir et à l’utilisation d’explosifs; pour ceux-ci j’avais du mal à recruter des volontaires; la destruction des ponts et des voies de communication était pourtant capitale pour notre action, mais les jeunes préféraient les armes: je me souvient encore d’un message que m’avait fait parvenir Malherbe qui était le chef de l’O.R.A. pour les Alpes Maritimes, au dos d’un billet de la loterie nationale: « envoyez-nous des armes, nous n’avons que faire des explosifs ».

 

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Col des champs.

Le moment venu, il n’y aurait que moi dans la région pour faire sauter les ponts. J’avais reconnu à proximité un beau terrain de parachutage au Col des Champs avec plusieurs accès et facile à défendre ou à évacuer en cas d’alerte; les liaisons avec les villes, Nice, Digne ou Barcelonette; n’étaient pas difficiles.
Alger nous envoya deux spécialistes radio dont Alexandre qui avait « travaillé » dans le Vaucluse et dans les Bouches-du-Rhône avant d’être affecté chez nous et l’action reprit comme je l’avais menée avant les événements de début mai: nous préparions notre revanche.

radio1


Un jour où je voulais donner une leçon de prudence à nos gendarmes, je m’approchai silencieusement de la gendarmerie de Colmars, et y pénétrai brusquement l’arme au poing; il y avait là, outre le chef et deux gendarmes que je connaissais, et à qui je fis la leçon, un gars en civil qui s’enfuit à mon entrée en sautant par la fenêtre: je demandai qui il était, et j’appris que c’était un sous-officier pilote d’aviation qui s’était trouvé en permission en France au moment du débarquement allié d’Afrique du Nord, en novembre 1942 et qui se planquait depuis; il pouvait faire mon affaire et je demandai au chef de le faire revenir: il s’appelait Robert Lagoute et fut vite d’accord pour aider le maquis; il fut convenu qu’il resterait à Colmars dans sa famille, et que je lui transmettrai les consignes par la Gendarmerie.


Le système devait très bien fonctionner. Il y avait souvent beaucoup de monde au P.C. de Sapin, la plupart étaient de jeunes sous-lieutenants, ses anciens élèves de Saint-Cyr: trois d’entre eux étaient venus avec lui de Marseille pour constituer son Etat-Major (Carlin, Betemps et Granier): on y trouvait aussi les chefs des maquis des environs: Davin, de l’Ubaye, Silve et Dautremer, de Seyne-les-Alpes, Bourdilleau, de Colmars.
Une fille, Nicole Chauvet servait de « chiffreuse » et on voyait parfois la fiancée de Silve qui habitait Seyne. Cela faisait beaucoup de monde à nourrir, mais mettait de l’animation au camp.

BARCELONNETTE

Nous étions encore à Ratery lorsqu’on apprit les détails de la mort tragique vers le 18 juin, du Commissaire de Police, Geay, de Barcelonnette, qui avait largement participé à la Résistance lorsque nous y étions; il n’avait pas voulu nous suivre lors du coup de main des Allemands sur la ville, désirant continuer à assumer ses fonctions. Arrêté par la Gestapo sur dénonciation d’un résident Italien, dont on verra plus loin qu’il expia son acte, nous n’en avions plus de nouvelles lorsque, repassant par Barcelonnette au début août le fossoyeur du cimetière nous fit savoir qu’il était mort après avoir été torturé;  je fis exhumer le cadavre pour en être sûr: les dix ongles avaient été arrachés et les yeux crevés, mais on en a eu la preuve par la suite, il n’avait pas parlé. Il avait été fusillé avec quelques autres dans la cour du Lycée où une plaque rappelle ce sacrifice.

barcelonnette1

libération de Barcelonnette par les Jeds avec des Commandos FFI . A gauche le Capitaine Martino, à droite le Lieutenant McIntosh, Jeds de l’équipe du Sous-Lieutenant Sassi « Nicole ».

Il faut saluer de pareils héros.
Ceci me rappelle d’autres épisodes qui eurent lieu dans l’Ubaye au moment du coup de main allemand sur Barcelonnette: quelques jours avant, alors que je me rendais à Entrevaux; en voiture et que je dévalai une côte, moteur coupé pour économiser l’essence, nous étions tombés nez-à-nez avec deux Allemands à moto armés de fusils; je fus le premier à réagir, tirant sur eux avec le Colt, mais je les manquai: ceci n’empêcha pas le chef de jeter son fusil et d’ordonner à son acolyte d’en faire autant; nous avions maintenant deux prisonniers qu’il s’agissait de mettre en lieu sûr, et je les fis emmener à la Gendarmerie de Barcelonnette avec l’idée de m’en servir de monnaie d’échange, le moment venu. Le lendemain matin, venant les interroger et les trouvant menottes aux poignets, j’engueulai les gendarmes qui avaient agi au mépris des lois de la guerre qui veulent qu’on n’enchaîne jamais un prisonnier en uniforme.

barcelonnette2Le sous-officier allemand qui comprenait le français me remercia de mon intervention et m’apprit, du même coup, que leurs troupes venues de Gap; s’apprêtaient à occuper Barcelonnette: j’en avertis Sapin; pour qu’il prenne ses dispositions et donnai l’ordre aux gendarmes d’avoir à remettre leurs prisonniers au premier officier allemand qui entrerait en ville, ce qui fut fait. (en fait, ils furent remis à l’Etat-Major allemand qui s’était installé à l’Hôtel du Nord); mais nos prisonniers avaient raconté l’histoire des menottes et le commandant allemand de la place donna immédiatement l’ordre de libérer les quinze à vingt suspects qui avaient été arrêtés sur la dénonciation du même Italien, responsable de la mort de Geay.

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