La légende des cigales.

La chronique historique de Marcel Brignoni.

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La chaleur accablante, à peine atténuée par l’ombre des platanes, inondait les derniers jours d’août.Deux parisiens vinrent s’installer à une table du seul troquet du village. Apparemment très éprouvés, ils commandèrent deux anisades. Le bruit des verres sur le formica de la table les fît sursauter. Le barman les regardait avec un petit sourire moqueur.

« Vous êtes pas tranquille , vous ! Pourtant avec l’accent qui est le votre, vous n’êtes pas d’ici ? Sans doute en vacances ! Aloura qu’est ce qui se passe ? « 

Les deux parigots le regardèrent puis se confièrent :

« On ne peut pas se reposer. Impossible de faire une sieste. Trop de bruit »

« Comment trop de bruits ? Ici, le seul boucan, il vient des boules de pétanque. Et croyez moi, entre celles du curé et celles du maire, il n’y a que rarement contact ! »

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Éclat de rire de la table voisine. Le serveur, content de son effet, se retira. Seuls restaient les deux parisiens et la tablée constituée de trois hommes, rigolant encore de la blague du barman.

Le premier prît la parole:

« Bonjour, je me présente : Albert Cévenin, maire du village. Dites moi, c’est quoi cette histoire de bruit ? Parce qu’en tant que premier magistrat, je me dois de faire régner l’ordre »

Le parisien lui expliqua;

« Le jour, il fait chaud. La nuit, il fait chaud. Alors l’après-midi, on a besoin de faire la sieste. Et là ..impossible. Il y a toujours un bruit de crissement derrière les volets. Sans cesse, dehors, ces bestioles nous appellent pour ne pas que nous dormions « 

Deuxième rigolade de la part des locaux .

               « Moi je suis le curé de la paroisse et je connais quelqu’un qui peut vous dire                                ce que c’est ! »

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Après conciliabule, Marcel Brignoni s’approcha des parisiens et se mit à parler à voix basse.

« Moi, je sais ce que c’est. En fait, selon la légende, ce sont de petits insectes. Et le rôle de ces insectes là est d’empêcher les gens de faire la sieste »

Les yeux ébahis des gens de la capitale nécessitaient plus d’explication.

Marcel Brignoni s’en chargeât. 

« En fait ce sont nos célèbres cigales. Elles nous ont été envoyées par les anges,un été durant lequel ils sont venus passer leurs vacances ici. Lors de leur arrivée en terre provençale, quelle ne fut pas leur surprise de ne pas trouver âme qui vive ! Le soleil de plomb qui s’abattait sur la région n’arrangeait rien aux affaires de nos anges qui ne trouvaient pas un endroit ouvert pour se désaltérer. En chemin, ils s’aperçurent que les champs étaient en friche, que les potagers étaient à l’abandon…

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Fort inquiet de cette situation, attristés de voir cette si magnifique région vidée de ses habitants, et laissée à l’abandon, ils décidèrent d’aller frapper à la maison de Dieu pour y trouver réponses à leurs interrogations. Là encore, quelle ne fut pas leur étonnement de trouver le curé non pas en train de prier, mais allongé sous son boutis, en plein pénéquet ! L’homme de foi apporta alors une réponse claire et limpide aux anges : à cause de la chaleur accablante et du soleil torride qui s’abat sur la région durant l’été, les provençaux se préservent paisiblement à l’ombre des oliviers et des figuiers. Surpris, les Anges demandèrent alors à quel moment de la journée les provençaux se mettaient au travail, ce à quoi l’homme de Dieu répondit : « A la fraîche tôt le matin », et « à la rosée » tard le soir.

 

 

 

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Mécontents, les anges s’en retournèrent au paradis pour raconter à Dieu leur mésaventure. Ce dernier, furieux, décida de punir les provençaux, en leur envoyant une nouvelle espèce d’insectes pour les empêcher de faire la sieste en pleine journée ! Cette nouvelle variété d’insectes «tambourinaire » aurait pour mission de se planquer dans les pins et d’exécuter une musique stridente, rendant impossible toute initiative de sieste provençale en pleine journée. Les cigales venaient de naître !

Les parisiens forts étonnés, reconnurent que la légende ne pouvait être née qu’en Provence et les cigales ne vivre qu’ici. Une question leur vint à l’esprit.

« Mais dîtes moi, vous les gens d’ici, vous faîtes toujours la sieste, malgré le bruit des cigales « 

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Le regard de Marcel s’illumina

« Finalement, cette tentative resta vaine, les autochtones s’habituèrent rapidement aux insectes. Et aujourd’hui, non seulement les cigales font parties de notre environnement mais en plus, elles ont un rôle médical ! »

Bêtement, les parisiens à l’unisson s’étonnèrent ;

« Ah bon ? »

Et oui, dit le maire sur un ton rocailleux.

Si les cigales chantent, c’est qu’il fait chaud. Et s’il fait chaud, c’est qu’il faut se mettre à l’abris. En Provence, Monsieur,  les cigales nous protègent du travail !

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Tout le monde se leva de table dans un grand éclat de rire. Direction le jeu de boules, ombragé…bien sûr.

Source : www.notreprovence.fr/

Mise en conte et montage : Infos Des Vallées

Merci à la famille de Marcel Brignoni pour le prêt du nom.

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