Capitaine François.

XI-ENLÈVEMENT IMPROVISÉ

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Les Allemands occupaient encore Barcelonnette, lorsque j’appris que deux des nôtres se trouvaient encore à l’hôpital et risquaient des représailles; ils avaient eu, Granier dit Nicole, une blessure à l’aine, l’autre Dautremer dit Dauge, le bras droit déchiqueté qu’il avait fallu désarticuler à l’épaule.

Je décidai de les enlever de l’hôpital: je réquisitionnai un cheval et une charrette que je chargeai de sacs de paille et, avec un copain sûr, bien armés tous les deux, hue cocotte!
Mais grosse déception: l’un de nos blessés, Nicole, s’était déjà envolé avec l’aide d’une infirmière qu’il connaissait bien, et l’autre Dauge, bien soigné aussi par sa future femme, préféra se conformer à l’avis de son médecin qui craignait une hémorragie et refusa catégoriquement qu’on le transporte. J’avais bonne mine!


Ne voulant quand même pas avoir organisé l’expédition pour rien, je me rendis chez le mouchard Italien dont on m’avait donné l’adresse; je le trouvai allongé sur son lit à l’heure de la sieste; il n’eut pas le temps de saisir son pistolet tant mon entrée avait été brutale; je résistai à l’envie de le descendre, car je voulais qu’il soit jugé.

 

rateryIl fut bâillonné et ligoté en un tour de main, puis ramené au P.C. de Ratery au milieu des sacs de paille. Il fut régulièrement jugé le lendemain selon la loi martiale et condamné à mort par quatre voix sur cinq: il avait pu être défendu par un homme intègre qui avait essayé d’atténuer sa responsabilité en accusant les gouvernements totalitaires d’encourager la délation pour se maintenir au pouvoir.

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Il fut fusillé, muni des derniers sacrements, après avoir signé ses aveux, par un peloton de maquisards. Celui qui le commandait me demanda de lui prêter mon Colt pour le coup de grâce. 

 

barcelonnette1Entre-temps, le débarquement allié avait eu lieu le 6 juin en Normandie, et la guérilla généralisée avait été déclenchée dans toute la région R2 par le message « Méfiez-vous du Toréador » qui voulait dire « Allez-y sans vous préoccuper du reste ». Nous étions d’accord avec le principe: encore fallait-il ne rien abandonner de notre prudence car l’ennemi se montrerait maintenant acculé et sans pitié.

 

EXÉCUTIONS SOMMAIRES A SAINT-ANDRE

240_001Début juin, j’avais dû me rendre à Avignon avec trois complices pour enlever à l’hôpital (décidément!) deux de nos amis, André et sa femme, qui risquaient d’y être arrêtés.
Tout se passa sans difficulté jusqu’au moment de franchir le barrage allemand qui contrôlait la sortie de la ville: nous l’avions passé le matin, sans histoire, mais au retour, avec deux passagers en plus, la sentinelle se montra intriguée et curieuse; voyant la tournure que prenaient les événements, je m’arrangeai, en accélérant, pour faire le plus de fumée possible, puis avec un bel ensemble, nous avons jeté chacun par notre vitre une grenade américaine: j’entendis crier « Achtung! » et je démarrai en trombe: nous étions déjà à bonne distance quand elles explosèrent.


Nous sortîmes de la ville sans autre histoire et prîmes la route d’Apt.


container1
Le soir, via Manosque, nous étions à Vinon-sur-Verdon; où nous attendait le produit d’un parachutage destiné aux Alpes-Maritimes dont il fallait organiser le transport.
Le lendemain matin, nous reprenions la route de Barcelonnette et en fin de matinée, nous étions à Saint-André-les -Alpes: un autre barrage, celui-ci fait de troncs d’arbres en travers de la route, nous attendait, mais il avait été mis en place par les maquisards du coin qui prenaient leurs précautions. Ils avaient eu la veille, nous dirent-ils, une petite escarmouche qui leur avait valu de faire deux prisonniers, actuellement gardés au frais à la gendarmerie du village.


Les Résistants de la région étaient commandés par un ancien élève de Sapin à Saint-Cyr, Jean-Louis V., chef d’une compagnie de F.T.P. et d’une intrépidité inouïe, quoique un peu « craqué » comme le montre la suite. Il tint absolument à fêter notre passage et nous offrit un bon repas; nous parlâmes de choses et d’autres puis, me rappelant les prisonniers qu’il avait faits la veille, et sachant que Sapin en avait besoin comme monnaie d’échange, je lui demandai s’il accepterait de nous les confier: il me fit une réponse vague puis quitta la table en me disant qu’il en avait pour un quart d’heure; il revint, en effet, rapidement avec une bonne bouteille qu’il nous fit déguster; puis vint l’heure du départ et je reparlai des prisonniers à Jean-Louis en soulignant le prix qu’y accordait Sapin; il me répondit froidement: « Tu les trouveras à la gendarmerie, ils sont raides, je les ai nettoyés », et il ajouta « Tu diras à Sapin que, s’il a besoin de prisonniers il les fasse lui-même, moi j’ai assumé les miens ». Je le traitai de salaud, alors il dégaina son pistolet et me dit: « Répète! »; je vis dans ses yeux qu’il était prêt à tuer et lui tournai le dos: je l’entendis encore me dire: « Fous le camp, fondu ou je te crève »; c’était moi pourtant qui lui avais appris à se servir des explosifs et le pistolet dont il m’avait menacé était le Colt que je lui avais remis quelques jours avant; il m’avait même parlé du fils qu’il attendait; mais c’était un paranoïaque et rien ne devait résister à son orgueil (peut-être aussi avions-nous tous un peu trop bu, et supportait-il particulièrement mal l’alcool!). Il trouva, en tout cas, peu après, une mort à son image: il était à moto le 5 juillet dans les lacets qui, du col des Robines, descendent sur Barrême, quand il aperçut une colonne allemande qui montait: il aurait eu tout le temps de faire demi-tour: au lieu de cela, il se mit en embuscade à un virage avec son équipier et ouvrit le feu le premier; il réussit à faire une vingtaine de victimes, mais il fût finalement atteint lui aussi et achevé à la baïonnette: ce sont des Allemands que nous avions capturés qui nous racontèrent l’histoire quelques temps après. Certains parleront d’une mort héroïque: je dis moi que ce fut un suicide inutile, à ne pas donner en exemple: on ne court pas au devant de la mort quand on peut encore être utile à une équipe.

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