Le temps de la crèche.

La chronique historique de Marcel Brignonibrignoni06122

Marcel observait avec sa longue vue, les activités du Pichoun. Il allait et venait, se baissait pour ramasser des choses, qu’il mettait dans un petit cageot. Mais qu’est ce qu’il peut bien faire de l’autre côté de mon poulailler ?
A par des vieilles plumes et de la mousse sur le vieux tas de poutres vermoulues, il  n’y a rien là bas.
Bon, ben, je suis curieux et je descends voir.
Marcel s’en calla quelques restanques en se camouflant derrière les buissons et surpris le petit.


– Oh, que fa encueil pichoun ?
Le petit sursauta : « Ah ! C’est toi, tu m’as fait peur Marcel. »
– Tu as attrapé le vire-vire, que tu vas, tu viens, que tu te baisses et que tu ramasses des choses. Qu’est ce que tu bricolais derrière le poulailler ? »

– Je ramassais de la mousse, il y en a de grosse plaque.

– Tiens regarde dans mon cagetin, j’ai déjà ramassé pas mal de choses.

Effectivement, Marcel regarda, il y avait des plaques de mousses, des branchettes d’arbres, des branches de pins, des plumes de pintades, quelques cailloux rouges, du buis etc…

brignoni06121

– Et qu’est ce que tu vas faire de tout ça ?

– Ho, c’est ma mère, elle m’a chargé de faire la crèche pour ma petite sœur, moi ça me gonfle toutes ces histoires de santons et de petit Jésus. Je me demande à quoi ça sert Noël et tout ça.
Et puis à mon âge, j’y crois plus à toutes ces balivernes, et au père noël.

– T’y crois plus, mais les cadeaux, tu les prends et la bûche de noël, tu en mange deux fois !
Notre crèche, quelle fut faite de santons de terre, de plâtre ou en pâte à sel, elle a une histoire et encore plus lorsque on en fait une représentation avec de vraie personnes, la Pastorale ou lou Presepi.

brignoni06126

– Oui , je me souviens courra era pichounet, ma marraine avait voulu que j’y participe à la pastorale. Ils m’avaient déguisé en Angelo avec une chemise blanche longue de mon grand père, une ceinture de fille, des ailes en carton, et une auréole qui tenait avec du fil de fer et qui se cassait la gueule.  Quelle honte, que bauccou !

– La grande leçon de la pastorale, c’est le miracle de Noël.  Un couple d’étranger, dont la femme va accoucher et qui a qui tout le monde refuse de donner l’asile. Tu les connais, les gens.


brignoni06123

« Des étrangers, des pauvres, ça amène que des ennuis, des maladies, dés fois ça en profite pour vous cambrioler, vous avez lu les journaux, et puis les responsabilités, s’il arrive quelques choses, on te fait un procès et on te bouffe la baraque. »
Que finalement l’âne et le bœuf, qui sont les premier à partager leur abris et leur lit de paille, font preuve de plus d’humanité que ceux qui ont refusés d’ouvrir leur porte, ou de tendre la main .

Et puis, on arrive à la fin de l’année, dans les consciences, les petites lâchetés, les ficanasseries, les rumeurs que l’on a soi même propagées, les petites trahisons, les petites arnaques que l’on a commis au détriment d’un client ou d’un voisin. Cela commence à peser, à laisser filtre de mauvaises odeurs qui empoisonnent l’ambiance du village. Eh bien, cette nuit de Noël, réveillé par les Anges, alors que tout le monde se met en chemin pour aller voir ce qui se passe à la sortie du village vers la grange en ruine, tout cela est révélé aux yeux de tous, tous parlent le langage de la vérité, et se disent ce que durant un an, la chape de l’hypocrisie ou des convenances empêchaient de dire.
Chacun fait le bilan des petites méchancetés, des défauts de l’autres et réciproquement de soi même.  Et la vierge Marie pardonne tout, et chacun pardonne aussi à l’autre.

brignoni06124

Et puis arrivent les rois mages, venu de très loin, des étrangers venus d’Afrique, d’Orient,d’Asie. Comme ils sont richement vêtus, tout le monde les admire. Admirer ou craindre les riches et les puissants est un des défauts de notre petit peuple. Et ces puissants, ces rois venus d’ailleurs se prosternent devant l’enfant nouveau né et lui font de somptueux cadeaux.

Et alors les gens du village se sentent péteux, ils offrent alors ce qu’ils ont, et Marie leur dit que malgré son dénuement, ces cadeaux, elle les partage avec eux, car le plus beau des cadeaux pour elle, est la naissance de Jésus son fils, le fils de Dieu, venu sur terre pour racheter les péchés du monde. Alors les gens se font des cadeaux entre eux, ils découvrent la joie du partage.
« Paix sur la terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté »

-C’est cela le miracle de Noël, Pichoun, et c’est pour se rappeler de cela que dans nos maisons, dans nos églises, et parfois dans nos rues, on fait la crèche. Regarde les biens les santons, ils te rappelleront l’histoire de quelqu’un du village, peut-être disparu d’ailleurs, mais dont la mémoire renaît alors.

– Elle est belle ton histoire Marcel, vé qu’elle me fait mouiller les yeux . Et toi, tu en as des santons ?

brignoni06125

– J’en ai un celui du Berger, avec quatre brebis, le Tétoun, le Menoun, un agneau sur les épaules, le bâton long avec la crosse pour attraper les bêtes, le manteau de laine peignée à capuche avec plusieurs couches d’épaule, et puis ses chiens.  La semaine d’avant Noël, je le mets sur la poutre de la cheminée, il représente l’âme de tous les bergers qui ont gardé par chez nous ou dans les estives, celle des chiens qui ont accompagné par leur dévouement et leur affection, ces moments de solitude et de toutes les bêtes que j’ai dû voir partir à l’abattoir.

De notre ami Jean Marc Fonseca…évidemment

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.