Le pont de la saint Sylvestre

La chronique historique de Marcel Brignoni.

Le pichoun, s’en vint rendre visite à Marcel, celui-ci était occupé à fabriquer des petits fagots de branchettes et de brandes sèches pour allumer le feu.

pss
–  Salut Marcel à quoi tu t’occupe ?
– Ben , je fabrique des avanta lume ( jette lumière), dans le temps on s’en servait pour faire un peu plus de lumière dans la pièce où était la cheminée, là où on se retrouvait tous, l’hiver quand la nuit était vraiment arrivée, juste avant la soupe.

– Dis tu as vu le Conseil Régional a sorti  un ouvrage sur les ponts dans nos vallées ?
Il y a le pont au dessus de la Roudoule, le vieux pont de Pierlas, le Pont de la Marié, le Pont de France sur l’Estéron, le viaduc de Braux et bien d’autres, de super photos.

– Il y en a un que je suis sûr qu’ils n’ont pas mis, c’est le Pont de la St Sylvestre celui qui enjambe le Cians à plus de 120 mètres de haut et long de presque 200 mètres.

– Et il est où celui là que je le connais pas ?

– De toute façon, ils ne pourront le prendre en photo, car il est invisible.
– Invisible, c’est pas possible !
– Et pourtant, attends que je te raconte.

Il existe en ce pays des légendes oubliées que les esprits aiment à rappeler par des songes lors des longues nuits d’hivers.
Tout le monde a une fois au moins entendu parler des histoires  qui courent sur Les ponts du Diables, les Ponts de la Reine Jeanne, où dans le Daluis, le Pont de la Mariée.
Mais celle le Pont de la Nuit de la St sylvestre, ils sont guère à la connaître.
Sans doute en montant à Valberg, vous vous êtes un jour arrêté pour voir en contrebas les fameuses gorges rouges du Cians, et bien c’est là qu’elle se situe mon histoire.
Vous savez par chez-nous, chaque village avait son « Sorcier » ou sa « Sorcière » d’où temps o berta filava. Oh, on les appelait par ce terme mais en fait c’était des personnes qui s’étaient transmises des secrets anciens, qui permettaient de soigner les gens et les bêtes à partir de préparations issues des plantes sauvages récoltées dans les environs, voire sans avoir fait des études de médecine ou des études vétérinaire de faire les rebouteux, ancêtre des kinésithérapeutes et des chiropracteurs

Ils avaient aussi d’autres talents peu avouables, car s’ils pouvaient soulager le mal, on disait aussi qu’ils avaient le moyen de le provoquer ; ainsi ils pouvaient empoisonner la vie de quelqu’un qui vous devait une dette en lui faisant faire d’affreux cauchemar, ou en lui refilant une douleur insoutenable quand vous le croisiez et qu’il essayait de se défiler à votre présence. Ils possédaient aussi des rémedis pour faire « passer les bébés » lors d’une grossesse non désirée. Et le pouvoir de faire respecter la propriété, ainsi le bois volé fumait de façon insupportable dans l’âtre de la cheminé et les fruits voire les champignons prélevés chez autrui filaient la cagagne. Il y avait pour chaque cas une formule magique à employer, connus du seul propriétaire.

Evidemment ces Magous et ces Mascas étaient à la fois craints, respectés, jalousés et haïs.
Ils habitaient dans des quartiers isolés et loin des villages, et les gens qui louaient leurs services faisaient de larges détours et se dissimulaient pour leur rendre visite.
De fait les interventions bénéfiques étaient beaucoup moins chères que les interventions maléfiques, question d’éthique, je vous laisse cependant deviner l’activité qui rapportait le plus.

Ils étaient pour la plupart très riches, mais en aucun cas ne pouvaient profiter où briller de leur richesse sous peine de voir leur pouvoir disparaître et ne pas pouvoir les transmettre.
Ainsi ils vivaient une existence modeste et frugale, comme la plupart des paysans de nos contrées.
Ils possédaient tous un trésor, et conscients des faiblesses humaines, ne pouvaient le conserver à la maison sous peine de se voir martyrisés par des chauffeurs de grands chemins, qui n’auraient pas hésités à les soumettre à la torture, eux ou leur femme et progéniture pour obtenir le lieu de la cachette.

Il y avait ainsi sur la commune de Rigaud, vers le lieu dit Les Vallières, une famille de Magou, composé de la grand-mère, de l’homme, de la femme et de sept enfants.
Un jour, dans un estaminet de Touêt un ancien bagnard de Toulon, qui travaillait au tracé des routes, fit boire un groupe de jeunes. On parlait des riches et des pauvres, et plus particulièrement de ceux du pays. C’est ainsi que Théodore, fit des confidences quelques peu exagérées sur la famille du Magou.

– La nuit de la St Sylvestre, ils partent tous avec des sacs chargés de pièces d’or et d’argent, cacher le magot dans la montagne, car l’argent récolté toute l’année ne doit pas passer le nouvel an dans la maison sous peine de porter malheur.
Le Bandit se renseigna avec précision sur le lieux où était la maison du Magou de Rigaud.
Et puis, il contacta quelques complices pour faire le coup lors de la prochaine nuit de la St Sylvestre.
Celle-ci finit par arriver, et la meute s’embusqua dans les environs immédiat de la maison.
Certains étaient partisans d’une intervention immédiate, dès que la famille serait sortie de chez elle.

Mais le bagnard, les en dissuada : « Réfléchissez, imbéciles, il nous suffit de les suivre discrètement et ils nous amèneront à l’endroit précis. Vous imaginez le trésor que cela doit représenter si cela fait plusieurs dizaines d’année qu’ils amassent là bas leur richesse. En plus, on regarde bien où c’est, et l’on revient quelques jours après récupérer le tout. Pas de risque de trucider quelqu’un, et pas de risque de se voir poursuivit par les gendarmes, ils ne s’apercevront de rien, jusqu’à l’année prochaine, et d’ici là nous seront loin, et riches.
C’est ainsi qu’a dix heures et demie du soir, sous une grosse lune, et la nuit de la St Sylvestre, les malfrat suivirent la famille du Magou sur un étroit sentier qui dominait les gorges.

Arrivé au bord du gouffre, le père Magou prononça quelques paroles : Sian vengu aqui per passa de l’autre costa, fa nen traversa Pouont magicou .
Ils attendirent quelques instant et le père Magou alluma une lanterne à bougie de laquelle émanait une lumière bleu et avança. La lumière bleue révélait le tablier du pont, permettant de repérer où mettre ses pas.
Ils traversaient l’immense abîme creusé par le Cians Rouge comme s’il y avait un immense pont édifié là, à plus de cent mètre au dessus du torrent que l’on entendait à peine.
Ils avaient tout juste disparu comme absorbé par la falaise en face et l’obscurité rougissante que le chef des voleurs, se précipita sur leurs pas. Lui aussi , suivit par ses avides compagnons avait la sensation d’emprunter un gigantesque pont d’une stabilité étonnante.

Arrivés de l’autre côté , ils retrouvérent la trace de la famille du Magou grâce à la lanterne, ceux-ci s’activaient sous une espèce de balme , ils étaient en train de ranger leur trésor.
Le chemin qu’ils avaient parcouru longeait le vide, les voleurs escaladèrent quelques rochers pour laisser libre le passage de retour.
La famille du Magou passa sans les apercevoir, d’un pas rapide, il faut dire qu’il faisait grand froid.

Le bagnard retrouva rapidement la planque dans une faille de la balme, les choses n’étaient même pas dissimulées. Il faut dire que sans le pont magique, l’endroit était inaccessible, pas plus par le haut que par le bas ou par les côtés.
Effectivement les richesses s’étaient accumulées aux cours des années, voire des générations, chacun pouvait se rêver en maître du nouveau monde.
Maintenant, on retourne, en vitesse, en espérant que le pont soit toujours là.
Et le pont était toujours là. Ils retraversèrent ainsi le canyon.

Ils revinrent deux semaines après, avec deux ânes car le trésor semblait lourd à porter.
Ils se présentèrent au point de passage du pont, et le bagnard qui avait entendu et retenu la phrase du Magou dit :  « Sian vengu aqui per passa de l’autre costa, fa nen traversa Pouont magicou ».

Il attendit quelques instant et avant de traverser lança une pierre, la pierre rebondit sur la chaussée invisible du pont et s’immobilisa

– C’est bon, en avant, suivez moi.
Et ils traversèrent à nouveau l’abîme comme suspendus dans le vide ; sauf les ânes qui eux ne voulaient pas traverser.
On eut beau tout tenter, tout essayer, les ânes ne bougeaient pas.

– Tant pis, on se chargera un maximum et on en disposera ensuite sur les ânes pour faire le chemin de retour. Aller, au boulot, on a assez perdu de temps !
Effectivement chacun se chargeât  de sacs pesants autant que ses muscles et ses os pouvaient supporter.
Le plus costaud pris de l’avance sur le reste de la bande qui marchait péniblement ployant sous le poids des richesses.

Arrivé à la moitié du pont, il fit un pas de plus et tomba dans le vide.
Vite la formule dit un des bandits : « Sian vengu aqui per passa de l’autre costa, fa nen traversa Pouont magicou » cria le bagnard..
Mais le pont semblait se dissoudre tout en étant agité de soubresauts.

– Il est comme une bête, nous sommes trop lourds , il faut nous délester.
Ainsi les voleurs se mirent ils à jeter bourses d’or et d’argent, bijoux, argenterie dans le gouffre du Cians et tout cela rebondissait sur les parois faisant des sons métalliques cristallins extraordinaires.
Mais rien n’y fit et tous finissent par chuter dans l’abysse.

– Et tu crois que en allant là haut la nuit de la St Sylvestre, je retrouverais le pont et la cachette.

– Tu risque surtout d’y trouver la mort car qu’est ce que tu crois le magou changea de planque et de formule pour son pont.

– Mais alors, il y a de l’Or et de l’Argent quelque part dans le Cians ?

–  Peut-être, mais s’il faut le trésor, il est dans les limons du côté de Malaussène où encore plus bas et puis que l’Or et L’argent retourne à l’oublie de la terre c’est peu être pas plus mal, tu sais.

« Sian vengu aqui per passa de l’autre costa, fa nen traversa Pouont magicou » : Nous sommes venus ici pour passer de l’autre côté, fait nous traverser, Pont magique.

Le dernier conte de cette année 2016, par Marcel Brignoni.

Merci à JM Fonseca pour la rédaction.

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