La chronique de Marcel Brignoni.

Tanta Fortuna.

tantafortuna

En ce dernier weekend des vacances de Pâques, le petit avait profité d’une voiture qui montait sur le plateau pour aller faire la conversation avec son vieil ami Marcel Brignoni.
La porte de la maison était ouverte et il le trouva entrain de dégermer les pommes de terre.


– Alura pichoun, va ben encueih tu ?


–  Je commençais à m’ennuyer en bas, plus personne ne met le nez dehors, ils sont tous à la maison avec leur smartphone.


– Ben, si tu t’ennuie, j’ai une occupation pour toi, tu m’aides à dégermer les pommes de terre.
Tu en prends un tas , tu leur enlèves les yeux et tu mets les germes sur le papier journal et les tantiflas dans lou cagetin.


Au bout d’un moment le petit lança la conversation.


– Tu as vu le baudou à Grasses qui a gagné cinq million d’euros au loto ? Qu’est ce que tu ferais si cela t’arrivait ?


– Oh ben sabi pas ! Parce que cinq millions c’est une trop grosse somme.  Je ne saurais pas quoi en faire, je ne compte pas changer de vie, je suis heureux ici. Le matin, je regarde le soleil se lever, si j’ai faim je mange, si j’ai soif, je bois. Si j’ai froid, je rentre et je me chauffe, et si j’ai chaud je fais mon penec dans la cave. Je n’ai pas de raison de vouloir autre chose.
Gagner cent cinquante milles euros, ça me suffirait plus que largement. Cinquante milles je les utiliserais pour améliorer le confort de ma maison et cent milles, je les placerais pour améliorer l’ordinaire quand je serais très vieux et que je me retrouverais à l’hospice.

– Mais tu n’as pas de la famille à qui ça profiterait ?


– Eh, non, tu sais l’accouchement de ma mère fut difficile, et elle choisit ou ne pût avoir d’autres enfants. Quant aux neveux et nièces de mes parents, je ne les ais jamais vus.
Et comme j’ai fait le berger bien jeune, je n’ai jamais pus trouver une madame Brignoni qui accepte de partager une vie de galère et de misère avec moi.

brignoni-marcel– Ben moi, si je gagnais cinq millions, je saurais quoi en faire. Prems, je m’achèterais deux cents hectares avec une grosse source ou un bout de rivière, et puis j’élèverais des bisons que je surveillerais depuis ma maison à l’aide d’un drone. Je clôturerais ma propriété et je ferais construire un train électrique pour en faire le tour.
Après, Je ferais construire une villa au soleil pour ma mère avec un spa et une piscine. Elle n’aurait plus besoin de travailler, et elle aurait une femme de ménage et un jardinier.
Ensuite je n’aurais plus besoin d’aller au collège, de supporter la prof d’anglais et de manger à la cantine.
Et puis j’investirais dans une société de création de jeux vidéo, ainsi je pourrais tester toutes les nouveautés en exclusivité.
Et à toi, je t’offrirais un immense téléviseur haute définition à écran plat et une collection de film sur CD Blu-ray que tu pourras regarder le soir.
Et pis aussi un quad pour aller aux champignons et à la chasse.


– Ben, te rengraci de penser à moi , pichoun. Mais comme ils disent pour gagner au loto encore faut il y jouer.


– Je vais aller voir Éric au tabac de Touët et avec mes économies, je prendrai un abonnement pour l’année et je jouerais toujours les mêmes chiffres.


– Encore faut il que tu ais les bon numéros.


– Après tout, c’est déjà arrivé dans le village, l’histoire de Victor Pépino.
– Oui, une fois en 1928, Victor Pépino était un bûcheron journalier venu du Piémont ; il faisait aussi du charbon de bois pour le maréchal ferrant et pour les forgerons, il était maigre comme un coucou, et noir comme la suie. En fait Victor Pépino, avait peut-être trouvé un trésor en abattant un vieux chêne creux, et il avait aussi peut être inventé cette histoire de billet gagnant de la loterie nationale pour éviter d’avoir à partager avec le propriétaire du terrain.
Toujours est il qu’il disparu et quatre années plus tard le maire d’alors reçu une lettre et des photos de Victor Pépino. Il était au Canada dans une petite ville appelée aussi Rigaud.
Il disait s’être acheté une immense forêt et vivait dans un ranch à côté d’un lac, il avait épousé une indienne et avait un fils. Bref, il était riche et heureux.
Il remerciait la Madone de l’église du village de lui avoir permis de rencontrer Tanta Fortuna qui lui avait donné les chiffres de sa vie.


fee– Tanta Fortuna ? Mais qui c’est ?


– Une fée, qui prend l’apparence d’une vieille femme, elle apparaît à certaine période entre Pra d’Astier et le Moulin de Bueil conduisant une carriole tirée par un âne.
On dit que si tu la rencontre, que tu la salue par quelques amabilités et que tu donne une poignée de grains à son âne ; elle te révèle les chiffres de ta vie.

– Encore des fadaises ton histoire.


– Tu sais pichoun, dans nos histoires et nos légendes, il y a toujours un fond de vérité ; mais n’oublie jamais que les chiffres de ta vie, ce sont ceux qui sont inscrits sur ton bulletin de note à la fin de ton année scolaire.

Sur ce, Marcel oublia cette histoire et le surlendemain , il profita de la descente d’un voisin au village pour aller régler une histoire de limite et de cadastre à la mairie.
Une fois dans la mairie , le téléphone sonna et la secrétaire de mairie s’en courut dans le bureau du maire.


–  Monsieur le maire, c’est pour vous, la gendarmerie de Puget-Théniers.
Marcel surpris quelques bribes de conversation.
–   Qui le fils Passeron ? Ben, écoutez j’arrive, pour le récupérer.
Il sortit et aperçu Marcel.


– Tiens, tu tombe bien toi, les gendarmes ont récupéré ton protégé sur la route du Cians, dans les gorges rouges, à l’ancien tunnel du tram. Bon, ben tu viens avec moi, tu le garderas en attendant que sa mère revienne du travail, et tu lui proposeras quelque chose à manger.

TF1

Et ils embarquèrent dans la voiture du maire.
Arrivé à la gendarmerie, le chef de brigade les accueillit :


–  C’est un moulin à parole ce petit et surtout une imagination débordante. Les collègues montaient un gendarme auxiliaire pour faire son stage à Valberg, quand ils l’ont aperçu. Ils lui ont demandé ce qu’il faisait là tout seul à l’heure où il aurait dut être au collège. Il a répondu qu’il attendait Tanta Fortuna qui devait lui donner les chiffres de sa vie. C’est un bougre et un malin, ce petit, parce que figurez vous qu’on a téléphoné au collège. Son absence avait été signalée par le docteur lui-même, un état fiévreux symptôme d’une gastro entérite. On a vérifié, des cinq docteurs du canton aucun n’avait fait de visite à Rigaud dans la matinée. Bon, il n’a commis aucun délit sinon l’école buissonnière qui n’est passible que d’une bonne réprimande de la part de ses parents et d’une punition du corps enseignant. Donc on vous le rend.


Marcel essaya de réprimer un sourire intérieur qui semblait l’illuminer.


– Bon, dit le maire, on le ramène au village, il faut vous signer quelque chose ?


– Juste le procès verbal d‘audition et un récépissé de prise en charge de mineur.


Durant le trajet qui les ramenait au village, personne n’a émis le moindre propos.
Toutefois arrivé sur la place, le maire dit à Marcel : « La prochaine fois fais attention aux histoires que tu lui racontes au petit. Au fait c’est qui Tanta Fortuna ? »
– Je vous la raconterais une autre fois Monsieur le Maire…

Ecrit, brillament, par Monsieur Jean Marc Fonseca

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