La chronique de Marcel Brignoni

Le visiteur du soir.

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Marcel Brignoni prenait le soleil sur le muret devant sa maison quand le petit paru.
– Dis moi, Marcel, tu y crois toi à ses histoires de fantômes, parce que hier soir c’était vendredi, et je suis allé chez mon cousin Roger, celui de Puget. Et on a regardé une vidéo blue ray : I am a gost

– Moi, croire à ses balivernes, absolument pas. Les esprits, les fantômes, ça n’existe pas et puis souvent c’est mal traité dans les films, horreur, et hémoglobine.
– Pour toi donc les fantomes, les revenants ça n’existe pas !
– Tout à fait, mais à ce propos laisse moi te raconter une histoire.
Je venais juste de me laisser bercer doucement par les vagues de ce clair obscur de cette nuit tardive de printemps, cherchant au-delà de mes paupières closes la trace des bourgeons des rêves de la nuit, quand soudain une étrange lueur m’apparue.
J’ouvris un œil, sur la chaise à côté du lit, celle qui me sert à jeter mon pantalon le soir, était assit un homme.
Il était presque phosphorescent, habillé d’un pantalon de velours vert tenu par une large ceinture de flanelle, une ample chemise blanche et un veston de velours noir. J’avais du mal à distinguer son visage dont les traits semblaient lissés sinon de grands yeux bleu surmontés d’épais sourcils blancs.
Il était coiffé d’un large béret de chasseur alpin.
– Oh, qu’est ce que vous faites là, dans mon rêve. Lui dis je
–  Mais vous ne rêvez pas, d’ailleurs vous ne dormiez pas encore. N’ayez pas peur, me dit-il, je ne suis qu’un esprit qui vient de faire une petite escapade. Vous savez, nos sorties sont limitées, nous ne pouvons retourner que dans les endroits où notre présence a marqué les pierres des murs.
– Et que me vaut le plaisir de votre visite ?
– Vous n’avez aucune idée des rumeurs qui circulent là-haut. Faut dire que nous manquons de distractions. Aussi, je me suis dis que j’allais descendre faire un tour. Cela ne vous dérange pas si je pose quelques questions.
– M’a fois allez y toujours.
– Où en est la guerre, vous n’avez pas été mobilisé ?
– Quelle guerre ?
– Vous n’avez pas de guerre en Europe ?
– Ben non.
– Et depuis combien de temps ?
–  Depuis soixante douze ans.
– Soixante douze ans ? Ce n’est pas possible.
– Et pourtant !
– Que y en avait qui m’avait dit qu’il y avait-eut des morts à Paris une bataille du Bataclan et même à Nice sur la Promenade des Anglais.
– Ce n’est pas vraiment une guerre, mais des assassinats de foule, du terrorisme.
Au fait qui vous êtes ?
– Je m’appelle Louis Alphonse Lombardini dit l’agile, je suis mort à, l’âge de 85 ans en1953, de vieillesse, tout simplement.
– On n’aurait pus se croiser alors , je suis né en octobre 1951.
– J‘en revient pas , pas de guerre en Europe depuis soixante douze ans alors que durant ma vie, j’en aurais subit trois, celle de 1870, celle de 14-18, et celle de 39-45. Celle de 1870, j’y ai perdu un oncle. Celle de 14-18, j’étais réserviste dans la territoriale 46 ans, je gardai avec d’autre un vieux fort à Sospel, mais j’y ai perdu deux fils, un Jacques à Verdun, l’autre Paul dans les Vosges. Enfin en 39-45, j’avais déjà 72 ans, je rendais encore quelques services pour les maquis, mais j’ai perdu un petit fils fusillé par les Allemands et la famille de ma bru, déportée. Sans parler des amis morts dans des bombardements dont celui du 26 mai 1944, ils habitaient Pasteur en face la passerelle.
– Des années terribles pour plusieurs générations.
– Et il n’y a plus de disette, de pénurie, personne ne souffre plus de la faim ?
– En Europe ces maux ont disparu, il y a toujours des mal logés ; des gens qui dormentdans la rue, mais c’est une minorité.
– Et les maladies, la diphtérie, la poliomyélite, le tétanos, la variole, le choléra, la syphilis, le typhus, la tuberculose, la terrible grippe espagnole.
– En partie éradiquée par l’hygiène et les vaccins.
– Alors de quoi meurt-on ?
–  Du cancer, de maladie cardio vasculaire, de maladie provoquée par les pesticides dans l’alimentation, des produits chimiques que l’on utilise dans l’industrie, la construction.
On meurt aussi de Stress.
– C’est quoi le Stress ?
–  Une maladie générée par les contraintes ou les frustrations de la vie moderne, ne pas pouvoir agir sur son environnement et devoir subir. Le stress de ne pas pouvoir consommer comme le voisin, le patron, le modèle de réussite que l’on promeut dans la société moderne.
– Consommer ? Boire un coup au bistrot ?
– Non, ne pas pouvoir acheter le superflu, le non indispensable. Par exemple ne pouvoir s’acheter une paire de chaussure chaque mois, ne pas pouvoir aller au cinéma, au spectacle, ne pas pouvoir prendre de vacances à la mer ou au ski.
– Et ils meurent de ça, maintenant les gens ?
– Une partie, oui, la peur de manquer. Il y en a qui se bousculent et se battent à l’entrée des magasins.
– Pourquoi, parce qu’ils sont presque vides les magasins comme durant l’occupation ?
– Non parce qu’ils sont plus que plein, et pour liquider les stocks, ils font d’importantes remises.
– Alura sian vengut propri fouala. (Alors ils sont devenus complétements fous).
– Ahi es couma acco (Eh oui, c’est comme ça).
– Bon, mais ce n’est pas tout, il faut que je me rentre avant qu’ils ne se soient aperçu de ma disparition là-haut. Mais je reviendrai, j’ai encore plein de question à poser. Ciao e a ben leu.
Et Louis Alphonse disparut.
Le pichoun était stupéfié par le récit
– Et il est revenu ? Parce que je voudrais savoir la suite.
– Non, il n’est pas repassé, mais je suis sûr qu’il repassera, tu sais l’échelle du temps pour un fantôme ce n’est pas la même que la notre, eux ils ont le temps, ils ne souffrent pas de Stress.
– Alors, tu vois que tu y crois aux fantomes !
– Officiellement, non !
– Alors ta maison, elle est hantée ?
– N’en parles à personne, ils seraient capables de m’augmenter la taxe d’habitation.

De notre ami, Jean-Marc Fonseca

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