La chronique de Marcel Brignoni

Un pauvre diable.

pd1Le petit alla rendre visite à Marcel Brignoni qui à l’aide d’une vieille meule à eau et d’une lime réaffutait de vieux outils.
Au cours de la conversation le petit évoqua le sort d’un habitant du village.
– Oh, es un paure diou !
– Ahi ! Mais au fait tu sais d’où elle vient cette expression dire de quelqu’un de façon sympathique que c’est un pauvre diable ?


– Pas du tout
– Alors, écoute. Il y à fort longtemps, ici, sur le passage du Chemin de Cerise, juste au croisement du Fiou, là ou le chemin longe la barre, un diable appelé Baroth attendait à la tombée de la nuit le passage d’un éventuel voyageur ; histoire d’engager la conversation pour le convaincre de lui acheter son âme.

pd2La chance était avec lui, il vit arriver la silhouette d’un homme suivit par une mule lourdement chargée. L’homme arriva à sa hauteur et Baroth l’interpella :
–  Bonsoir, cher Monsieur, voulez-vous avant de rencontrer la mort, vivre tous vos désirs ? Je peux réaliser tous vos souhaits.
L’homme le regarda avec un rictus de mépris. Il était richement vêtu, comme un seigneur. Il portait à sa ceinture une dague à la poignée d’or incrustée de diamant.
Puis il se mit à rire dévoilant une dentition elle aussi en or.

pd5–  Ah, ah, ah ! Tu perds ton temps pauvre imbécile, je suis comme toi !
Baroth le regarda intrigué ; c’est alors que les yeux de l’homme devinrent rouges, et que de la fumée sortie de sa bouche et de ses narines, puis il émit un long pet dont l’odeur chassa les mouches qui voletaient autour de la mule.
– Et oui, imbécile, moi aussi je suis de l’enfer, mais à te regarder je constate que tu ne dois pas faire fortune dans le commerce des âmes.
Baroth lui fit le signe de reconnaissance du diable.
– C’est comment ? dit le petit.
–   Oh c’est simple, tu plie l’index et tu le recouvre de ton pouce. Il te reste le majeur et l’annulaire dressé ; maintenant plie le petit doigt ou l’auriculaire.
Le petit essaya plusieurs fois.
– Mais c’est impossible !
– Ben oui, seul les diables peuvent faire ça. Mais laisse-moi poursuivre l’histoire.
Ainsi l’autre diable se présenta : « Je m’appelle Astaroth Prince des ténèbres, Docteur des grands tourments, Marquis de la peste, Grand Ordonnateur du gel et de la grêle, Maître des disputes.
Et toi ?
– Baroth, simple diable manœuvrier itinérant.
–  Cela n’a pas l’air d’aller fort, mon pauvre Baroth, quel est ton score ?
–  Cinq âmes !
– Aujourd’hui ?
– Non, en 10 ans. Et encore, deux c’était des criminels qui passaient, et je n’étais même pas à l’origine de leur folie.
– Je vois, je vois, c’est que tu t’y prends mal. Regarde les sacs que porte ma mule ce ne sont pas des ballots de chiffons mais ma récolte d’âmes de la saison.
– Mais comment fais-tu ?
– L’or, l’or, il n’y a que ça de vrai et l’ imbécillité de la nature humaine.  Je t’explique ! J’engage la conversation et je séduis, comme on nous l’a enseigné et à moment donné je porte l’estocade.

Je peux vous offrir un septième de votre poids en or, en contre partie si vous utilisez une once de cet or pour faire le bien, vous mourez et votre âme m’appartiendra.
J’y sors le contrat type sur parchemin, je l’invite à le lire où je lui en lit le contenue à haute voix s’il ne sait lire ou écrire ; et je lui demande d’y apposer sa signature.
– Et ça marche ?
– Du feu de Dieu ! Oups ! Excusez-moi seigneur Belzebuth pour ce blasphème, dit-il en croisant les doigts. Bien, sûr, la vue d’un peu d’or les rend fous, les plus riches comme les plus pauvres.
– Mais, combien de temps doit tu attendre avant qu’ils meurent ?
– En réalité cela va assez vite, ils ont besoin non seulement d’êtres admirés pour le pouvoir que leur confère l’argent, mais en plus il faut qu’ils se sentent aimé. Alors, souvent dans l’année qui suit, la maladie de la culpabilité les reprends et ils se sentent dans l’obligation de se servir d’une infime partie de leur or pour commettre une bonne action.
– Et tout cet or, que tu utilise où te l’ais tu procuré ? Parce que comme radin le grand argentier de Satan, on ne fait pas mieux.
– AH, AH, AH ! Facile sur le contrat que je leur fais signer, il y a une ligne écrite en plus petit. Le jour de leur décès, je deviens l’unique légataire de tout leur or. Et les notaires sont scrupuleux en matière d’héritage, il suffit de les intéresser.
–  Tu es un malin.
– C’est d’ailleurs pour cela que l’on nous surnomme les esprits malins. Tiens j’ai rajouté pas plus tard qu’avant-hier une nouvelle âme à ma collection, celle d’un prêtre.
– Whaou ! c’est rare ça !
– Figure toi, qu’après avoir signé le contrat, cet idiot s’est précipité avec son or pour alléger les maux de quelques miséreux de sa paroisse. Le lendemain la cloche d’une chapelle lui tombait dessus alors qu’il appelait à la messe. Tu veux la voir ?
– Oui, bien sûr, je n’ai jamais vu l’âme d’un prêtre.
Astaroth, sorti de sa cape une bourse, en défit le lien, et l’entre ouvrit : « Tiens regarde ! »
Et Baroth regarda au fond de la bourse, il y avait un petit tourbillon comme un arc en ciel constellé d’étoile qui émettait des plaintes.
Et Astaroth referma aussitôt la bourse.
–  Ce n’est pas tout, mais j’ai encore du chemin à faire pour arriver au prochain village, Rigaud, je crois. J’irais à l’auberge. J’y piégerais sans doute une âme nouvelle, selon la rumeur le terrain y est propice.
Et Astaroth repris sont chemin.
Mais Baroth aussi était un malin et entre eux les diables ne se font pas de cadeaux, or Baroth était aussi un excellent Pickpocket
Au bout d’un moment, il ouvrit sa main et dedans il y avait la bourse d’Astaroth.
Il en défit le lien, regarda l’âme du prêtre, et dit : « Pars, échappe-toi, tu es libre. »
Aussitôt l’âme envolée, deux démons apparurent et s’emparèrent de Baroth pour lui faire payer sa haute trahison.
Mais sur le chemin de l’enfer, ils furent interceptés par deux anges.
–  Baroth , à fait preuve de bonté, il nous appartient désormais, veuillez- nous le remettre.
Les anges étaient plus costauds et mieux armés que les démons et ceux-ci cédèrent.
C’est ainsi qu’après un courte garde à vue au purgatoire, Baroth fut en tant que Pauvre Diable admit en paradis où il devint Ange Jardinier.
pd4

Ce n’est que bien plus tard au collège et dans les écoles du canton, qu’un bien étrange jeu fit son apparition dans les cours de récréation et perturba même certain cours.
Il s’agissait de se choisir une main ,  de plier l’index et de le recouvrir de son pouce ; puis tout en laissant son  majeur et  son annulaire dressé, de plier le petit doigt ou l’auriculaire.
Jean-Marc Fonseca dich Barbajohan.

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